Les logiques d'exclusion et les problématiques d'insertion nécessitent aujourd'hui des approches différenciées entre les hommes et les femmes, alors que la précarité de ces dernières s'accroît. Comment appréhendez-vous cette réalité ?
Dès lors que l’on s’intéresse aux personnes qui ont un temps partiel subi, qui travaillent tout en restant sous le seuil de pauvreté, ou qui rencontrent plusieurs obstacles sur le chemin de l’emploi, on s’adresse de fait majoritairement aux difficultés que rencontrent les femmes et notamment celles qui élèvent seules des enfants. C’est aussi pour cela que nous avons tenu à expérimenter d’emblée le RSA avec des personnes qui perçoivent l’allocation parent isolé (ce sont presque toujours des femmes) et que nous suivons de très près ces expérimentations et le démarrage est encourageant.
Dans le dialogue direct, instructif, souvent émouvant et drôle que vous publiez avec Gwenn Rosière*, il est beaucoup question d'emploi. Comment pouvez-vous agir sur les autres freins comme les transports, la garde d'enfants, la formation, auxquels les femmes sont particulièrement confrontées ?
Certaines personnes n’ont qu’un problème à résoudre mais très souvent il y a trois ou quatre problèmes qui s’enchevêtrent et notre système social a du mal à y répondre, parce qu’il est très spécialisé. Dans les expérimentations du RSA, plusieurs départements ont prévu une enveloppe d’environ 1000 euros par personnes pouvant être débloquées pour apporter des réponses rapides à des problèmes de transport, de garde d’enfants, d’équipement. La question des transports revient très régulièrement comme l’une des difficultés les plus difficiles à surmonter. Il y a quelques expériences d’auto-école sociale, de micro-crédit, de transports à la demande ou de tarification des transports qui peuvent être prometteuses et que nous évaluons pour voir comment elles seraient transposables et généralisables. Pour la formation, c’est l’un des enjeux principaux du grenelle de l’insertion de rendre la formation professionnelle plus accessible à celles et ceux qui en ont le plus besoin.
Avec la publication cette semaine du livre vert du RSA, vous entrez dans une nouvelle phase de ce dispositif auquel on comprend bien en vous lisant vous êtes viscéralement attaché, mais dont vous semblez douter aussi. Qu'en est-il aujourd'hui et quels sont les objectifs à court terme ?
Oui, j’y suis viscéralement attaché parce que je suis scandalisé par ces situations si fréquentes de gâchis humain, de désespérance, d’injustices et que je suis absolument persuadé qu’on peut renverser les tendances. Mais, c’est vrai, je reconnais mes doutes, quand j’en ai. On a fait naître tant d’espoirs dans le passé, sans vraiment les satisfaire, on a tellement souvent proclamé qu’on avait des recette miracles, et on connaît tellement bien la complexité des difficultés que nous avançons progressivement, pas à pas. Le doute peut être constructif. Il permet de tenir compte des réalités, des critiques. Les objectifs à court terme ? D’abord continuer à mettre les programmes expérimentaux sur de bons rails et montrer aux différents acteurs que l’on peut avoir des progrès réels, même à une échelle modeste pour s’appuyer sur du solide. Ensuite, faire vivre le débat sur les questions de principe qui entourent le RSA et que nous avons récapitulées dans le livre vert. Parallèlement faire émerger des pistes nouvelles du grenelle de l’insertion. Nous ne manquons pas de travail !
* La chômarde et le haut commissaire, Oh éditions, 2008
