Entre travail et enfant comment faire le bon choix?
Il y a beaucoup de décisions d'arrêt de travail de la femme qui sont prises après la naissance de l'enfant dans l'urgence, parce que l'on ne trouve pas de mode de garde ou bien parce que la séparation est trop douloureuse. A partir du moment où une femme commence à ouvrir la boîte de Pandore de la question du travail, elle entre dans une problématique extrêmement complexe car elle ne saura pas si la décision qu'elle va prendre est guidée par un désir profond, soit de continuer à travailler malgré tout, soit de s'arrêter. Elle ne va pas savoir si son choix ne va pas être dicté inconsciemment par un modèle, des valeurs familiales ou au contraire, en opposition au choix fait par sa mère. Il est donc très important de prendre la décision à deux. Ce qui est nouveau aujourd'hui, c'est de justifier ce choix par le bien-être de l'enfant; qu'une mère choisisse de travailler ou de s'arrêter, elle considère très souvent que son choix est le meilleur pour son enfant (être plus proche de lui pour les unes, lui apporter un niveau de vie supérieur pour les autres). Plus rares sont celles qui mettent en avant un désir personnel : « C'est ce que je veux ».
Mais d'où vient ce sentiment de culpabilité si répandu ?
En raison de la grossesse et de l'arrivée de l'enfant dans la vie d'une femme, il y a un remue-ménage intérieur dans le psychique des mères qui peut prendre une tonalité dépressive, même si celle-ci n'est pas systématique : c'est ce qu'on appelle le baby-blues. En revanche, presque toutes les femmes sont sujettes au réveil d'une hypersensibilité qui se rapproche de celle du nourrisson, et leur permet d'entrer en relation avec ce dernier. Mais il ne s'agit pas d'instinct maternel et les hommes peuvent tout à fait vivre cet état d'hypersensibilité relationnelle, de fragilité, vital pour la relation du nourrisson. S'agissant de la mère, la culpabilité profite alors de ce terrain pour s'installer, si toutefois celle-ci se laisse piéger par l'illusion qu'elle est la seule à être vitale pour son enfant. D'où l'importance que j'attache à la présence des autres autour de la mère et autour de l'enfant, et ce dès la naissance.
Quelles formes la culpabilité peut-elle prendre ?
La culpabilité s'avance masquée et il faut rappeler que c'est un processus inconscient; lorsque l'on dit : « Je culpabilise », on ne parle que de la partie visible de l'iceberg. D'ailleurs, les femmes qui disent qu'elles culpabilisent, ne sont pas forcément celles qui se sentent les plus coupables. La culpabilité est perfide et produit des symptômes inattendus : il y a toute la série des somatisations, tout ce qui est état dépressif engendrant des fatigues, des inhibitions, des démotivations pour le travail et des difficultés dans le couple. Il n'est pas rare par exemple qu'une femme qui avait une carrière prometteuse se retrouve dans une situation professionnelle bouleversée ou bloquée. C'est pourquoi j'insiste tant sur la qualité du mode de garde, car celle-ci peut avoir des conséquences colossales sur la vie professionnelle et la vie du couple, et pas seulement sur la relation parent-enfant.