A niveau d'études équivalent, chacun sait qu'il est plus rentable sur le marché du travail de concevoir des logiciels que de s'occuper de petits enfants. Peut-on imaginer réviser cette «échelle des métiers» sur laquelle les femmes se trouvent plutôt en bas ?
Cela serait souhaitable et devrait déjà se faire car contrairement au leitmotiv “à salaire égal, travail égal”, la loi française depuis 1972 met en avant le principe juridique d'un “salaire égal pour un travail de valeur comparable”. Autrement dit nous devrions pouvoir comparer des métiers qui ne se situent pas forcément dans le même champ de compétences ni le même secteur d'activité. Pour notre part, nous proposons de retenir plusieurs critères qui auraient pour effet direct de revaloriser des métiers où les femmes sont largement majoritaires : ceux du soin, de l'éducation, du nettoyage et des services. Ainsi, prendre en compte notamment la technicité d'un métier mais également sa pénibilité permettraient de reconsidérer une hiérarchie qui s'est beaucoup construite sur des stéréotypes aujourd'hui largement dépassés. Trop de compétences restent invisibles.
Comment concrètement mettre ces nouvelles approches en œuvre?
En France, la classification des métiers porte sur des métiers très cloisonnés, et les partenaires sociaux sont peu disposés à s'atteler à une telle démarche. Les négociations actuelles et la mise en œuvre dans les entreprises du “rapport de situation comparée” hommes-femmes montrent qu'on en reste à la notion de “poste égal”, qui concerne une majorité de cadres et se réduit à combler une différence salariale liée à l'ancienneté. D'autre pays, que ce soit le Danemark, les Etats-Unis, le Québec ou la Belgique ont impulsé des approches nouvelles permettant de prendre en compte les compétences informelles ou supposées naturelles. En Suisse par exemple, après un long processus, les infirmières du canton de Genève ont réussi à démontrer qu'en termes de pénibilité, de service public et d'image de marque, leur métier avaient de nombreux points communs avec celui de gendarme ! Elles ont obtenu gain de cause et vu leur nombre de points revalorisés aussi bien en entrée qu'en déroulement de carrière. Il existe de nombreux cas de jurisprudence aussi bien en France qu'au niveau européen qui montrent que les tribunaux peuvent prendre en compte cette notion de “valeur comparable” stipulée dans la loi.
Grande précarité, maladies professionnelles : on a le sentiment que la situation des femmes au travail revient aujourd'hui sous d'autres formes.
Il est vrai que l'on a vu récemment réapparaître la question de l'égalité à travers celle des bas salaires et en particulier dans le secteur du commerce, dans lequel les syndicats sont très peu implantés. Ainsi, sur la question du temps partiel, le groupe Auchan a signé un accord pour faciliter la polyvalence des caissières afin d'allonger leur temps de travail, mais qui a également pour effet de tenir compte de la pénibilité de ces postes, cette population étant particulièrement confrontée à un problème de vieillissement. Beaucoup reste à faire dans ce domaine. Espérons que la conférence gouvernementale prévue sur le temps partiel subi sera maintenue à l'ordre du jour.