Poussées par la pénurie de main-d’œuvre, les entreprises du bâtiment et des travaux publics multiplient les opérations séduction en direction des femmes. C’est le cas du groupe Vinci Construction France à l’origine d’une inédite action de recrutement et de formation aux métiers de la maçonnerie, en Auvergne.
Vers plus de mixité dans la production
Tout a commencé par une session d’information en avril dernier à l’Anpe de Clermont-Ferrand. Relayé par des acteurs régionaux et locaux de la formation et de l’emploi (Anpe, Geiq BTP, CIDF, Cellule Emploi Grands Chantiers, Carif…), le rendez-vous a attiré près d’une soixantaine de candidates dont dix huit ont souhaité aller plus loin. « Nous avons été agréablement surpris par le nombre de participantes, indique Jean Di Pasquale, secrétaire général de la Fédération française du bâtiment du Puy-de-Dôme. D’autant plus que le métier d’aide-maçonne n’est pas forcément très attractif pour les femmes qui répondent plus spontanément à des offres de plâtrier, de peintre ou de menuisier. »
C’est justement pour pallier cette désaffection que le leader du secteur a lancé cette opération. « Autant nous avons peu de mal à recruter des femmes à des postes d’encadrement sur nos chantiers, autant il nous est plus difficile de les attirer dans les métiers de production, avoue Otheman Frayji, chargé de développement RH à la direction déléguée Rhône Alpes Sud, Auvergne, Bourgogne, Franche Comté, de Vinci Construction France. D’où cette démarche d’envergure, structurée, organisée et spécialement dédiée aux femmes. » Une volonté proactive qui s’inscrit aussi dans la politique plus générale du groupe Vinci de favoriser la mixité au sein de ses équipes.
Un contrat de professionnalisation en CDI
Pour faire prendre conscience aux candidates de leur futur environnement professionnel, une visite du chantier du lycée du bâtiment de Riom, piloté par Vinci, a été organisée quelques jours plus tard. « J’ai été surprise par l’organisation et la propreté, raconte Jessica, 26 ans, mère de deux enfants, diplômée d’un CAP d’ébéniste qu’elle n’a jamais pu pratiquer. Je pensais que le métier était bien plus physique que cela. Mais finalement, pas besoin d’être un surhomme pour devenir maçon ! ».
A l’issue de la visite, onze femmes ont finalement décidé de poursuivre le parcours proposé par l’entreprise de BTP. « Elles ont entre 20 et 49 ans, décrit Otheman Frayji. Certaines ont été employées libre-service ou vendeuses dans des supermarchés. D’autres ont travaillé dans une maison de retraite, dans le nettoyage, le paysagisme. L’une d’entre elles possède une maîtrise en psychologie… ».
Après un entretien de sélection, les postulantes retenues passeront une Evaluation en Milieu de Travail sur l’un des chantiers de Vinci pour découvrir les conditions réelles d’exercice du métier. « Si l’EMT s’avère concluante pour elles comme pour nous, elles signeront un contrat de professionnalisation en CDI et débuteront une formation de 245 heures en juin dans notre centre à Romagnieu. Tous les frais - hébergement, déplacement, repas, coût pédagogiques - seront pris en charge par l’entreprise. » Leïla, 27 ans, Rmiste, deux enfants à charge, espère de tout cœur être sélectionnée. « Je suis une manuelle et j’ai toujours été attirée par le monde du BTP. Cela ne me dérange pas de travailler dans un environnement masculin. Au contraire. Je préfère être entourée d’hommes que de femmes ! »
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