
Pour une de ses premières rencontres-débats, la délégation Bouches-du-Rhône de l'association Femmes 3000, créée fin mai 2007, a amené les discussions sur un sujet encore très peu abordé : « Le harcèlement et la souffrance au travail ». Harcèlement moral, harcèlement sexuel, les intervenantes ont passé au crible les signes, la psychologie du harceleur comme du harcelé, les causes de ce rapport déséquilibré, les conséquences aussi et les moyens d'y échapper.
Car toute la question quand on est victime est bien de se défendre et de se faire entendre. En informant la médecine du travail et la hiérarchie pour commencer, verbalement mais aussi « par lettre recommandée avec accusé de réception, précise Christine Boulet, présidente de Femmes 3000 BDR. Parce que sinon on pourra toujours vous dire : "ma petite dame, on va s'en occuper", tout en laissant faire. » Alors même que l'entreprise est responsable de la protection de ses salariés depuis la loi de modernisation sociale et alors que « le harcèlement est le symptôme du dérèglement de l'organisation, le signe que la direction doit la repenser » selon la psychologue clinicienne Ariane Bilheran.
Prévenir et guérir
C'est pourquoi Marie-Pierre Buisson a choisi de prévenir ce type de comportements. Après avoir été elle-même confrontée de très près au harcèlement, cette consultante a mis en scène sa propre histoire, jouée en entreprise par des comédiens, à la demande. « Plus c'est identifié tôt, mieux la victime s'en sort, assure-t-elle. Avec l'action théâtrale, je leur apprends à dire non. C'est une lutte de tous les instants, à tous les niveaux ».
Une lutte qui peut se mener avec la Halde (haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité) quand le harcèlement est lié à un des 18 critères retenus (sexe, origine, sexualité et appartenance syndicale en font partie notamment). Une lutte qui passe, autant que possible, par la constitution d'un dossier de preuves, de témoignages (pour la jurisprudence un faisceau d'indices concordants suffit), par le recours à un conseil juridique et une prise en charge psychologique. Les « vrais » spécialistes du harcèlement ne sont pas toujours faciles à identifier mais les associations comme l'AVFT aident à les trouver. Elles accompagnent aussi les victimes tout au long de la procédure judiciaire. « Bien sûr c'est un peu le parcours du combattant, martèle Emmanuelle Cornuault, déléguée régionale de l'Association contre les Violences faites aux Femmes au Travail, mais il y a des recours : les syndicats, l'inspection du travail, les associations... Il ne faut pas garder le silence. C'est la parole qui va rendre la victime crédible, le récit répété et inchangé des faits, le fait qu'elle en ait discuté avec d'autres personnes. C'est encore plus important que les preuves que l'on finit toujours par trouver ».
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