
Selon l'Insee, 200 000 franciliens s'installent en province chaque année (majoritairement des trentenaires et des jeunes familles), attirés par une meilleure qualité de vie, un coût de l'immobilier plus raisonnable et des temps de trajets plus courts. Et 6 millions de Franciliens seraient candidats au départ ! La bonne nouvelle, c'est que les régions recrutent, avec des postes à pourvoir dans tous les secteurs d'activité. Selon l'Apec, 300 000 postes de cadres pourraient se créer en régions de 2010 à 2015. Profils les plus recherchés : ingénieurs, informaticiens, techniciens et cadres du bâtiment et commerciaux mais également des métiers de supports : finance, marketing, RH.... En tête des régions les plus dynamiques : Rhône-Alpes, PACA, Nord Pas de Calais et l'Est. Certains département, comme la Vendée et la Mayenne sont même en situation de plein emploi et recrutent tous profils.
Antoine Colson, co-fondateur du salon Provemploi, à destination des candidats au départ en Province, a constaté que les femmes sont souvent à l'initiative de ce projet car elles sont plus sensibles à la qualité de vie et à l'épanouissement personnel.
Attention aux désillusions !
Isabelle Guéguen, du cabinet Perfégal à Quimper, qui a mené une action auprès de femmes cadres qui avaient suivi leurs conjoints, précise : "c’est toujours un peu la même histoire. Le salaire des hommes étant encore souvent le plus élévé, ce sont eux qui trouvent en premier. Leurs femmes, entre 35 et 40 ans, se disent « je vais profiter de mes enfants dans un premier temps puis je reprendrai doucement. Mais ce n’est pas si simple !" Elle met en garde les femmes du risque de déclassement (perte du statut cadre, métier pas à la hauteur de leurs compétences, salaire amputé...). Pour la femme, la découverte de la situation cadre en province se fait tardivement, alors que ses réseaux sont un peu coupés, que celui de son conjoint ne lui sert pas vraiment (surtout s'il travaille dans un milieu très masculin). D'autre part, le tissu économique est souvent constitué de PME qui ont tendance à privilégier des "autochtones". Certains dirigeants, autodidactes, ont une certaine crainte du cadre...surtout des femmes cadres. "Parfois on leur conseille même de gommer quelques diplômes ou expérience pour faire moins peur" témoigne I. Guéguen. Ses conseils : ne pas se précipiter et bien se renseigner sur le contexte régional, surtout si elles ont une formation "classique" (RH, gestion & administration, marketing, communication…) où les postes sont rares en province en dehors des très grandes villes ; bien en discuter au sein du couple, ne pas rester trop longtemps dans le cadre exclusif des enfants, se faire connaître très vite (Jeune Chambre de Commerce, Centre des Jeunes Dirigeants, etc.) ; si possible rester quelque temps en télétravail avec son ancienne entreprise, ce qui peut être une bonne transition. "Les désillusions sont fréquentes, et cela peut entraîner des problèmes dans le couple ou même des départs" conclut I. Guéguen.
Des dispositifs d'accompagnement insuffisants
Pour accompagner la mobilité, quelques grandes entreprises (Michelin, Lactalis...) ont mis en place, outre les dispositifs "classiques" (dans le cadre du Mobili-pass : aides au déménagement, primes, etc.), des services pour aider les conjoint(e)s à trouver un emploi. Quelques collectivités locales travaillent leur attractivité (Laval, Le Creusot…) et certaines proposent un accompagnement pour les conjoint(e)s, à l’instar de Bordeaux avec sa Maison de l’emploi. En revanche, les PME se reposent encore essentiellement sur les acteurs publics (APEC, ANPE). Parallèlement, le métier de conseil en mobilité se développe avec des structures telle que Muterloger qui proposent un accompagnement global (trouver un logement, une école pour les enfants mais aussi aider le conjoint à trouver un emploi). Quelques cabinets de recrutement, à l'instar de Managing, prennent également en charge le dossier du conjoint(e). Enfin, il faut également être conscient que les possibilités d'évolution professionnelle et de progressions salariales sont plus faibles en province (surtout dans les PME). Mais si toutes ces données ont été bien intégrées et évaluées, le projet de s'installer en province peut devenir une belle aventure !
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