En partenariat avec la Coordination Française pour le Lobby Européen des Femmes (CLEF)

Face aux problèmes posés par le mode actuel de calcul des retraites, la Commission Européenne et le Lobby Européen des femmes proposent l'individualisation des droits sociaux. En quoi cette approche change-t-elle la donne ?
La solution de l'individualisation de l'accès aux droits nous paraît répondre à la nécessité de réduire les inégalités hommes/femmes, et pouvoir ainsi améliorer le niveau de vie à la retraite et l'indépendance financière des femmes. Pour la Coordination française du Lobby européen des Femmes, et après une analyse menée avec des experts et largement débattue avec nos membres, une pension forfaitaire de base permettrait de garantir à tous les retraités un revenu minimum correct, complété par les droits propres acquis au titre de l'activité professionnelle, et accompagné par des mesures compensant, tant que cela sera nécessaire, la double charge liée à l'éducation d'enfants. L'individualisation passe également par des mesures favorisant l'autonomie des femmes, telles le partage des droits à pension entre les membres d'un couple qui divorce (sur le modèle allemand), et l'étude de cette possibilité pour les couples mariés.
En passant à un système individualisé et en supprimant par exemple les droits dérivés, ne risque-t-on pas d'appauvrir un grand nombre de femmes qui ont eu des carrières très heurtées et ne bénéficient que de la pension de réversion de leur conjoint ?
En effet, ce risque existe. Pour que l'individualisation n'implique le « sacrifice » d'aucune génération, la transition doit être progressive : les mesures correctrices des aléas de carrière ainsi que les pensions de réversion ne peuvent être supprimées dans le court terme car elles constituent une part importante des retraites des femmes. Toutefois, à mesure que les femmes effectueront des carrières plus continues comme les hommes, et que les charges familiales et domestiques seront plus équitablement partagées et davantage prises en charge collectivement, alors les pensions de réversion perdront leur raison d'être et les majorations pour éducation d'enfant pourront bénéficier à chaque parent.
L'égalité professionnelle tout au long de la carrière de femmes n'est-elle pas finalement une condition sine qua non de l'individualisation des retraites ?
Effectivement, l'individualisation ne peut être mise en œuvre que dans le cadre d'une politique globale d'égalité orientée vers le développement de l'emploi des femmes et leur promotion professionnelle. Afin de favoriser l'égalité au sein même du système de protection sociale, il est nécessaire d'arbitrer entre le court et le moyen terme, et entre une logique d'égalité (ne pas pénaliser la carrière et les salaires des femmes) et une logique de protection (apporter des compensations aux seules personnes au foyer). Mais il est avant tout nécessaire de mettre en place des mesures spécifiques pour développer l'emploi des femmes : au niveau de l'orientation professionnelle, de la lutte contre les discriminations à l'embauche, contre les stéréotypes de genre, etc. L'individualisation suppose une politique plus active en faveur de l'égalité professionnelle. Cela passe aussi par des mesures de grande envergure permettant notamment l'articulation des responsabilités familiales et domestiques et de l'activité professionnelle, pour les femmes comme pour les hommes.
*vice-présidente du Lobby européen des femmes
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