
100 000 emplois seraient créés chaque année depuis 2006 selon l’Agence nationale des services à la personne, mais est-ce encore un secteur porteur ?
Il y a une grande confusion autour des chiffres, que cultive l’Agence nationale des services à la personne. C’est une agence de moyens, et à ce titre, elle s’est engagée contractuellement à créer 100 000 emplois par an. Or, toutes les évaluations de l’OFCE et plus généralement les travaux de chercheurs montrent que ce n’est pas le cas.
L’étude que j’ai menée intitulée « Combien d’emplois dans les services à la personne » et publiée dans la revue Idies montre qu’en réalité, ce sont 15 000 à 20 000 emplois qui sont créés en équivalent temps plein chaque année, ce n’est pas rien, mais ce n’est pas l’eldorado annoncé. L’Ansp prend en compte dans ses annonces tous types d’emplois, y compris ceux d’une heure de travail par semaine : l’heure d’un cours particulier donnée par un professeur ou les deux heures d’un coach qui intervient auprès d’un cadre sont comptabilisés.
D’ailleurs les chiffres de l’Ansp ne se retrouvent pas dans les statistiques de création d’emploi de l’Insee. On crée à peine plus d’emplois qu’avant le plan Borloo. Aujourd’hui, il est illusoire de dire que c’est un secteur porteur. En revanche, ce que le plan a apporté, c’est une marchandisation rampante de l’action sociale : nous avons tout ouvert à la concurrence vers des entreprises à but lucratif. A minima, cela aurait nécessité un débat public.
Pourtant, avec le vieillissement de la population, le secteur est amené à recruter ...
Il recrute, dans les proportions que j’ai indiquées. Il recrute des femmes, souvent avec peu de qualifications, sur des métiers difficiles car ils sont tout à la fois peu rémunérés, d’autant plus qu’ils sont essentiellement à temps partiel, et les compétences nécessaires pour exercer le métier sont à peine reconnues. Pour l’instant, on ne peut pas non plus considérer qu’il permette de constituer un tremplin vers d’autres métiers, ou d’autres secteurs d’activité.
Plusieurs associations de ce secteur ont récemment fait part de leurs difficultés financières. Pourquoi une telle situation ?
Depuis 2004/2005, l'Etat a transféré vers les conseils généraux trois gros dossiers de l'aide sociale : le handicap, les personnes âgées dépendantes et le RSA. C’est l’aide à domicile qui est, je pense, le plus en danger, à la fois sur le type d’emplois proposés, et sur l’universalité d’accès aux services. Même s’il faut regarder au cas par cas, les départements sont souvent obligés de construire des formes de compromis, des arbitrages. La qualité des prestations est, dans ce contexte, de plus en plus remise en cause puisque le marché est aujourd’hui ouvert à la concurrence.
Et l’emploi de gré à gré [Ndlr : il s’agit de l’emploi direct : l’intervenant à domicile est employé et payé par le particulier] ne fait l’objet d’aucun agrément qualité, d’aucun contrôle en fait.
Les salariées qui travaillent chez les particuliers employeurs n’ont pas accès à la médecine du travail, elles n’ont aucune possibilité d’avoir recours à l’inspection du travail et elles ne bénéficient d’aucune ancienneté lorsqu’elles changent d’employeurs. Elles n’ont pas vraiment accès à la formation qualifiante, ni, sauf exception à la VAE, ni au diplôme d’assistante de vie aux familles.
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