Quels peuvent être les effets du congé parental d’éducation sur l’emploi des femmes ?
Selon moi, c’est un cadeau empoisonné fait aux femmes. Quitter son emploi pour une longue période (jusqu’au trois ans de l’enfant) comporte toujours un risque pour une personne, et encore plus pour une femme, surtout dans un contexte de chômage élevé. En outre, le congé parental renforce les préjugés des employeurs à l’encontre des femmes et tous les processus qui conduisent à les discriminer à l’embauche, même si l’ampleur des risques dépend du secteur économique. Ainsi, les femmes qui travaillent dans la fonction publique sont sûres de retrouver leur emploi. Toutefois, elles ne sont pas forcément réintégrées dans le même service et au même endroit. Cette incertitude sur les conditions du retour est plus fréquente dans le secteur privé où il faut distinguer les grandes entreprises des PME. Dans ces dernières, l’absence prolongée, puis le retour de l’employée peut causer des problèmes d’organisation du travail et compliquer la gestion du personnel. Certes, légalement l’employeur est obligé de reprendre la personne à l’issue de son congé. Mais il peut l’affecter à des postes ou dans des secteurs qui ne lui conviennent pas. Dans les enquêtes que j’ai menées, j’ai pu constater qu’un bon nombre de femmes avaient ainsi été obligées de démissionner. Le congé parental peut être pénalisant pour la carrière professionnelle. On hésite à promouvoir les personnes qui reviennent après une longue absence sauf si à l’issue de leur congé parental, elles ont bénéficié d’une formation. En revanche, pour un congé pris à temps partiel les effets pervers sont moindres puisque la personne maintient malgré tout un lien avec le marché du travail.
N'est-ce pas pour autant une opportunité pour certaines femmes ?
C’est un moyen effectivement de fuir de fortes contraintes professionnelles. J’avais mené avec des collègues étrangers une enquête sur la grande distribution en Europe. Toutes les femmes éligibles au congé parental le prenaient. Mais il faut bien avoir conscience que ce n’est qu’une parenthèse. La situation demeure la même quand elles reprennent leur emploi et parfois elle a plutôt empiré compte tenu des effets pervers que j’ai décrits. Les catégories les moins qualifiées sont assurément les plus pénalisées. Par ailleurs, le congé parental n’a pas le même sens selon les niveaux de qualification.
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