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L'urgente question de la précarité des femmes. Le point avec Françoise Milewski, économiste

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Quels sont les principaux facteurs de précarité pour les femmes sur le marché du travail ?

Les femmes sont présentes sur le marché du travail mais la montée du chômage a rendu plus floues les frontières entre l’activité et l’inactivité, changé les caractéristiques des emplois, en tout premier lieu pour les femmes. Le développement des activités tertiaires a assurément renforcé cette évolution. Parallèlement, la famille a connu des bouleversements : les séparations ne sont plus l’exception et les femmes seules avec enfants sont plus nombreuses. Ce sont les ruptures de parcours, professionnels et personnels, qui créent la précarité ou, du moins, son risque. Quand les caractéristiques des emplois occupés témoignent d’une relation instable au marché du travail (contrats à durée déterminée, etc.) ou stable dans le sous-emploi (temps partiels imposés, emplois non qualifiés), les femmes peuvent basculer vers la précarité, tout particulièrement après une rupture conjugale. Elles peuvent même tomber dans la pauvreté, quand, sans emploi stable ou parce qu’elles occupent des emplois mal rémunérés, elles ont des charges de famille. En effet, la part des bas salaires dans l’emploi des femmes et des hommes est disproportionnée, touchant plus d’une femme salariée sur quatre, contre à peine un homme sur dix.

La précarité des femmes est une réalité soulignée par de nombreux acteurs sociaux : la crise a-t-elle accéléré ou révélé cette situation ?

La crise a renforcé la précarité et la pauvreté. De nombreux emplois ont été supprimés et le chômage a augmenté. Dans un premier temps, le chômage des femmes s’est accru moins vite que celui des hommes, parce que ce sont les secteurs de l’industrie et de la construction qui ont été les plus destructeurs d’emplois. Les femmes sont surtout salariées dans le tertiaire, qui a aussi connu des destructions d’emplois, mais plus tard et de moindre ampleur. Depuis le début de 2009, les évolutions du chômage des femmes et des hommes se sont harmonisées. De plus, l’ajustement s’est également fait, pour les femmes, par une réduction des horaires : dans les services, certains emplois ont été maintenus, mais avec une durée moindre. Ce développement du temps partiel contraint a créé une précarité supplémentaire et une pauvreté accrue : quand il est déjà difficile de subvenir aux besoins de la famille avec son salaire, toute réduction fait basculer vers la pauvreté. On ne voit guère d’amélioration possible à court terme : la reprise économique est de faible ampleur et fragile, donc pauvre en emplois. Les embauches se font encore plus qu’avant en CDD, et pour une grande part en CDD courts. Ces emplois instables et peu rémunérateurs concernent surtout les femmes. Elles vont aussi subir, comme les hommes, une extension du chômage de longue durée et les effets dramatiques de l’arrivée en fin de droits.

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