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Femmes, hommes : nos cerveaux sont-ils différents ? Les réponses de Catherine Vidal, neurobiologiste à l'Institut Pasteur

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Peut-on parler de cerveau féminin et de cerveau masculin ?

La réponse scientifique est oui et non. Oui, parce que le cerveau contrôle les fonctions associées à la reproduction sexuée, qui sont évidemment différentes chez les femmes et chez les hommes. Chez la femme, on trouve des neurones qui ont des activités périodiques pour déclencher l'ovulation, ce qui n'est pas le cas chez l'homme. Mais concernant les fonctions supérieures du cerveau - les fonctions cognitives comme l’attention, la mémoire, le raisonnement - c'est la diversité cérébrale qui règne indépendamment du sexe. Grâce aux nouvelles techniques d’imagerie cérébrale comme l'IRM, on a pu montrer que les différences entre les individus d’un même sexe sont tellement importantes, qu'elles dépassent les différences entre les deux sexes. Cette variabilité s’explique par les extraordinaires propriétés de "plasticité" du cerveau, c'est-à-dire sa capacité à se modifier en permanence en fonction de l'apprentissage et l'expérience vécue. A la naissance seuls 10% de nos 100 milliards de neurones sont connectés entre eux. Les 90% des connexions restantes vont se construire progressivement au gré des influences de la famille, de l'éducation, de la culture, de la société. Ainsi, chez les pianistes, on observe un épaississement des régions du cerveau spécialisées dans la motricité des doigts, dans l'audition et la vision. Et ces changements sont directement proportionnels au temps consacré à l'apprentissage du piano pendant l'enfance. Ces exemples permettent de comprendre pourquoi nous avons tous des cerveaux différents, y compris les vrais jumeaux.

Mais qu'en est-il du rôle des hormones sur notre cerveau ?

Chez les animaux, l'action des hormones sur le cerveau est déterminante pour déclencher les comportements de rut et d'accouplement associés aux périodes d'ovulation de la femelle. Sexualité et reproduction vont ensemble. Par contre, l'être humain échappe à ce déterminisme. Le fonctionnement des organes sexuels est certes lié aux hormones, mais pas le moment des rencontres, ni le choix du partenaire. Ainsi, les homosexuels, hommes ou femmes, n'ont pas de problèmes hormonaux. Les délinquants sexuels n'ont pas un taux supérieur de testostérone. Quant au rôle des hormones sexuelles sur les humeurs, la nervosité, la dépression, il faut distinguer deux types de situations bien différentes. Dans des cas de bouleversement physiologique majeur (grossesse, ménopause, pathologies hormonales) on peut constater des fluctuations d'humeur. Mais dans des conditions physiologiques normales, aucune étude scientifique n'a montré de relation de cause à effet entre les taux d'hormones et les variations de nos « états d'âme ». Prétendre que c'est la testostérone qui fait les hommes compétitifs et agressifs tandis que les œstrogènes rendent les femmes émotives et sociables, relève d'une vision simpliste, bien loin de la réalité biologique. Si dans un groupe social, hommes et femmes tendent à adopter des comportements stéréotypés, la raison tient d'abord à une empreinte culturelle rendue possible grâce aux propriétés de plasticité du cerveau humain.

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