
Mettre en scène le harcèlement et les violences au travail pour leur donner corps, s’y confronter pour mieux lutter : c’est ce qu’ont choisi de faire des consultants et des compagnies théâtrales pour sensibiliser.
Mettre en scène le ressenti
Pour Marie-Pierre Buisson, créatrice d’Ax’Valia qui propose des interventions en entreprise « il faut donner à voir, à ressentir, ne surtout pas culpabiliser le public. » Elle s'appuie donc sur des saynètes jouées par deux comédiens de la compagnie la Comète, construites à partir de son propre vécu de responsable dans l’automobile confrontée à un cas de harcèlement moral dans son équipe mais aussi de femme elle-même harcelée sexuellement. Entre chaque scène, régulièrement, Marie-Pierre Buisson intervient, pour demander au spectateur ce qu’il ferait ou ce qu’il pense que les protagonistes ont fait. Les différentes alternatives sont envisagées pour le « vivre instantanément et voir ce qui peut suivre, pour apprendre à identifier le harcèlement», par procuration en quelque sorte.
En entreprise comme en lycée professionnel
La Compagnie Dé(s)amorce(s), pratiquant le théâtre de l’opprimé(e), a quant à elle une autre approche : «on prend la place de l’opprimé -qui n’est pas forcément la victime mais qui peut aussi être quelqu’un qui a du mal à l’aider-, pour prendre la mesure du réel, canaliser sa force à convaincre, s’entraîner à réagir dans ce type de situation et pouvoir y faire face dans la « vraie vie ». Ce n’est pas un simple jeu de rôle, explique Thissa Bensalah, comédienne et metteuse en scène, on part de faits réels pour arriver à un récit collectif ». Cinq comédiens jouent ainsi une première histoire avant d’ouvrir l’interaction et de recommencer avec une deuxième histoire. « Il est primordial pour nous de sortir du huis clos agresseur-agressée, insiste-t-elle, de travailler sur l’environnement : les témoins, les collègues, les syndicats, la famille de la victime, les profs … ». Ce spectacle au titre évocateur, Silences complices ?, est joué à la demande de comités d’entreprise ou de syndicats mais surtout dans des lycées professionnels. Il a d’ailleurs été conçu avec l’AVFT* et 4 jeunes femmes victimes de violences sexuelles durant leurs stages pour sensibiliser dès l’entrée dans la vie professionnelle… mais pas avant car «il faut que les spect-acteurs aient un minimum de vécu professionnel pour qu’il y ait projection, identification ou solidarité avec le personnage opprimé qu’ils vont remplacer ». Ces conditions réunies, « au bout de 15 minutes, en lycée comme en entreprise, on se sent concerné et on veut faire changer les choses donc on fonce ».
Des entreprises encore trop frileuses
C’est d’ailleurs souvent en voyant ce travail dans un colloque que des syndicats ou des comités d’entreprise sollicitent la compagnie. Rares malgré tout sont encore les entreprises à prendre ce problème à bras le corps, si ce n’est après y avoir été confrontées. « D’une manière générale, le harcèlement au travail est nié, ça n’existe pas, regrette Marie-Pierre Buisson, donc il n’y a pas besoin de sensibiliser. Pourtant les victimes sont nombreuses et le chef d’entreprise a l’obligation légale de prendre soin de la santé de ses salariés ».
* l’Association de lutte contre les violences faites aux femmes au travail
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