
Si les femmes sont d’une manière générale sous-représentées parmi les chefs d’entreprise, c’est encore plus criant dans l’Artisanat où elles ne sont que 18% à diriger une société, essentiellement dans la coiffure et l’esthétique. La Chambre Régionale des Métiers et de l’Artisanat en PACA a donc créé cette année le prix MetFem remis à trois lauréates en novembre 2007. La première est podo-orthésiste, les secondes sont verrières, la troisième est menuisière. Leurs projets font mentir les statistiques affichant 84% des créations « féminines » dans le tertiaire et le portrait robot dressé par la CRMA selon laquelle les femmes « sont le plus souvent guidées par le hasard des opportunités qui s’offrent à elles plus que par un réel projet d’entreprise mûri ».
Florence Lansé a en effet réfléchi 3 ans avant de franchir le pas. Longtemps représentante, elle s’est décidée à passer un CAP menuiserie en 1997. D’abord salariée, elle choisit de se mettre à son compte en 2004 et convainc son compagnon, également menuisier, d’être son associé. Pas tant pour l’épauler dans ses démarches mais pour « rassurer les clients, toujours inquiets quand ils voient arriver une femme seule ». A la tête, à 52 ans, d’une société de pose, elle est déterminée à « prouver qu’après 40 ans, on n’est pas tous des vieux ! »
Artisans et artistes
Le défi pour Alice Legay-Eskenazy est tout autre : montrer toutes ses compétences. Car en tant qu’employée, on ne lui proposait qu’un poste d’ouvrière en podo-orthèse « alors que j’ai fait un BTS pour avoir des responsabilités, je peux tout faire dans ce métier, en orthopédie mais aussi en botterie et chaussures de luxe sur mesure ». Plutôt indépendante, déjà équipée, cette vauclusienne rejoint donc l’Adije, une couveuse « formidable » où elle se forme « au métier d’entrepreneur ». Après avoir eu un enfant, elle poursuit son chemin avec une autre couveuse, Créa 84, grâce à laquelle elle obtient l’agrément puis officialise Les souliers d’Alice. Deux ans après, « ça marche bien grâce à l’orthopédie », elle a engagé un salarié et un apprenti et espère valoriser désormais le volet créatif de son activité.
Car rentabilité et artisanat d’art ne sont pas évidents à coupler, Gwendoline Bonnet et Philippa Martin en ont fait l’expérience. Ces deux amies « formées par de vieux verriers, dans le berceau de Gallé, chez Dôme et avec les compagnons européens » ont compris qu’elles étaient « prêtes à perpétuer ce métier qui s’est perdu » et elles l’avouent « c’est un peu fou-fou ». Rien n’aurait d’ailleurs été possible sans l’appui de la coopérative de finances solidaires Nef, de l’Association territoriale d’initiatives en réseau pour l’entreprise et de chefs d’entreprise séduits par leur projet. C’est grâce à leurs soutiens financiers que Verre l’essentiel s’est concrétisé cette année. Reste maintenant à s’enraciner, notamment en touchant les galeries et les salons internationaux.
Les statistiques en matière de développement sont plus encourageantes : les entreprises créées par des femmes ont plus de chances de survivre que celles portées par des hommes.
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